12 mai 2006

M6, la petite chaîne qui monte... et que descend TF1

 

Nicolas de Tavernost, le président de la sixième chaîne doit se ronger les sangs. Car si, concurrence oblige, les différents groupes de télévision français sont habitués aux guéguerres, TF1 vient de franchir un pallier dans son travail de sappe.

Tout commence par le départ de l'ex-joker de la première, Laurence Ferrari, qui quittait la chaîne pour Canal+ afin de franchir un pallier. Pour la remplacer, TF1 avait dans un premier temps envisagé d'enrôler l'étoile montante de sa filiale d'information LCI, Mélissa Theuriau. Mais, ô comble du sacrilège, la jeune journaliste déclina cette proposition, estimant devoir prendre son temps. On s'attendait à une réaction du côté de Patrick Lelay le PDG de TF1. Et celui-ci a finalisé un stratagème aussi rapide que terriblement efficace. Il a débauché de la « petite chaîne qui monte » Anne-Sophie Lapix, ex-journaliste de LCI. Et le coup porté est puissant. Car A-S Lapix est depuis la rentrée 2005 une véritable garante de l' identitée M6, puisqu'elle présentait à la fois le tout nouveau journal de la mi-journée et l'émission Zone Interdite. Ses nouvelles fonctions seront le remplacement de Claire Chazal sur le JT lors de ses congès et la co-présentation de l'émission Sept à Huit, à partir de Septembre.

Mais la première chaine ne s'est pas arrêtée là. Car dans le nouveau programme de développement de M6, le football tient une place importante. L'obtention de 32 matchs de la Coupe du Monde 2006 faisait en ce sens la fierté et la réussite de la 6. Mais c'était sans compter sur l'intervention de TF1 ce mardi. La chaîne qui disposait déjà des 27 meilleurs matchs du Mondial dont ceux de l'équipe de France a acquis en sous-licence les droits de l'ensemble de matchs. Et elle vient de les céder à Canal+ et Eurosport, qui pourront passer les matchs en direct, à l'exception de ceux des Bleus qui ne pourront être diffusés qu'en différé. Mr Lelay démontre ainsi le pouvoir de sa chaîne tout en démontant la stratégie M6. Et contrairement au transfert d'Anne-Sophie Lapix, il n'est pas possible de parler de simple hasard, TF1 s'en prend directement à M6.

Reste à savoir comment réagira Nicolas de Tavernost, au niveau de la communication du groupe M6 et de ses actions en terme de recrutement. Les arrivées évoquées de Marc-Olivier Fogiel et de Thomas Hugues (actuellement sur TF1) lui permettraient certainement de limiter la casse. Une chose est sûre, les hostilités sont plus que jamais ouvertes.

10 mai 2006

OSS 117 fait son boulot

 
Imaginez James Bond qui se refuserait à une femme dans l'un des nombreux opus de la série... Imaginez-le encore ayant la logique d'une poule et aucune notion de géopolitique... Imaginez-le enfin se comporter de façon puérile lorsqu'il est chargé une fois de plus de sauver la planète... Et bien avec ce portrait en tête, vous pouvez imaginer sans aucun problème Hubert Bonnisseur de la Bath, alias OSS 117, campé au cinéma depuis le 19 Avril par l'incontournable Jean Dujardin.

A l'origine, cet espion est un américain d'origine française, issu de l'imagination de Jean Bruce et repris à sa mort par son épouse Josette. Adapté également en bande dessinée, le héros est présent à travers une riche filmographie (pas moins de 12 films, dont celui de 2006). Le tout dernier opus est donc OSS117 : Le Caire, nid d'espions, réalisé par Michel Hazanavicius. Le synopsis est relativement classique : en 1955, alors que Le Caire est un nid d'espions où les complots sont légion, l'agent Hubert Bonnisseur de la Bath est envoyé sur ordre du président René Coty afin non pas de sauver le monde, mais simplement les intérêts de la France. Il est aisé de se dire que l'histoire est connue, le super héros français triomphe des méchants anglais, soviétiques et autres extrémistes dans un bain de sang et d'effets pyrotechniques. Cependant, comme le laissait largement voir les bandes annonces, l'oeuvre est pour le moins « décalée », un sacré coup dans l'aile pour tous les James Bond de la terre.

Car c'est l'acteur et humoriste Jean Dujardin qui prend les rênes. Finie la perruque jaune et le look surfeur, bonjour cheveux gominés et costumes impeccables. Car l'humour oui, mais dans la classe. Entouré par Aure Atika et Bérénice Béjo en OSS 's girls, l'ancien membre des Nous C Nous livre une jolie interpretation d'un rôle vraiment sur mesure. Le scénario n'est certes pas extraordinairement riche (normal pour un film d'espionage non?) mais la démonstration fait son effet. Blagues à la pelle, comique de situation toujours bien senti, OSS117 va loin, mais jamais trop. Les nombreux clins d'oeil aux classiques du genre, les James Bond de Sean Connery en particulier, font sourire, et l'accent a été mis sur l'impression de « film de l'époque » comme en témoigne l'utilisation de lumières et de focales à l'ancienne ou d'effets d'optiques très fifties.

A la sortie du film, la sensation d'avoir eu un bon divertissement est de rigueur. Car si OSS117 n'est pas LE film de l'année, il a le mérite d'atteindre son ambition, la détente par le rire. Bien que sa diffusion soit maintenant limitée, OSS117 vaut le coup d'oeil. La version DVD représentera une bonne alternative à ceux qui n'ont pas voulu se déplacer. Petite précaution cependant : éloignez des écrans ceux qui n'aiment pas le style Dujardin. Ils en feraient une overdose.

Pour voir des vidéos sur OSS117, cliquez sur l'image

24 avril 2006

A ne pas rater!!

Ce 24 Avril sur Arte, à 20h40, n'oubliez pas de regarder Le Cauchemar de Darwin.

Pour rappel, allez lire la note qui évoque ce film documentaire boulversant sur l'Afrique.

Alors regardez, enregistrez, appelez vos amis et votre famille, vous pourriez rater une fois de plus un chef d'oeuvre sur la cruelle réalité de la vie. Cette injustice latente que nous contribuons à entretenir sans même parfois en être conscients. Et n'hésitez pas à venir réagir une fois que vous l'aurez vu de vos yeux.

Au plaisir de vous lire...

25 janvier 2006

Le cauchemar de Darwin

 

Le festival Télérama et ses places de cinéma à 3€ a le mérite de nous permettre quelques essais en matière de film. En effet, Le cauchemar de Darwin n'est pas à première vue un film palpitant, en tout cas personne ou presque n'en avait faire la promotion, si bien que sa sortie en Mars 2005 était presque passée inaperçue. Et pour ceux qui n'avaient pas lu le synopsis, ils devaient être déçus en se rendant compte qu'il ne s'agissait pas d'un film d'horreur ou d'un thriller. Car point d'effusion d'hémoglobine ni de suspens haletant dans ce documentaire sur l'afrique. Et en effet, c'est bien dans un documentaire que le cinéphile averti se plonge avec cette projection. Autant le dire tout de suite, si les premières minutes paraissent longues, le temps de planter le décor, on se trouve très rapidement pris à cette tranche de vie filmée comme telle, avec son rythme et ses émotions.

Le cauchemar de Darwin est tourné en Tanzanie, plus précisement sur les bords du Lac Victoria. Pourquoi le documentariste autrichien Hubert Sauper choisit un tel lieu pour le film? Simplement parce que cet endroit a la réputation d'être le berceau de l'humanité, et qu'il est en train de vivre une déchéance apocalyptique. En effet, dans les années 1960 la perche du Nil a été implanté dans le lac, alors que ce poisson prédateur n'est originellement pas présent dans ces eaux. La perche du Nil a eu un double effet sur la région. Dans un premier temps, sa chair abondante et appréciée a permis à la région d'entrer sur le marché mondial du poisson. Mais l'effet pervers gravissime, c'est que cette espèce a détruit tout l'écosystème du Lac Victoria dont les eaux sont aujourd'hui extrêmement pauvres et eutrophiées, conséquences de la voracité de la perche qui a dépeuplé l'endroit des poissons mangeurs d'algues d'autrefois.

Si le synopsis paraît simple, il n'en demeure pas moins que ce film met en exergue toutes les dérives de ce monde et la mort lente d'une partie de l'Afrique. Toutes les scènes sont lourdes de sens, les images sont souvent dures, cruelles et amènent logiquement à réflechir sur notre propre situation. On y verra ainsi de tout jeunes enfants africains vivant dans les rues, se battant littéralement comme des chiens pour manger, sombrant dans la drogue et la violence pour ne pas penser à leur sombre avenir. On y verra aussi le développement du SIDA et l'impuissance de l'Afrique face à ce fléau. On y verra également l'inégale répartition de la richesse mondiale, les beaux filets de poissons partant en Europe, les tanzaniens devant se partager les carcasses putréfiées et le peu de chair avariée qui y reste. Et les autres exemples aussi révoltants que boulversants ne manquent pas tout au long de la projection. Ainsi, Le cauchemar de Darwin va aller au delà des espérances initiales de ses auteurs. Les avions cargos qui viennent et repartent chaque jour pour transporter le poisson et dont nous allons suivre un équipage russe, vont se réveler mélés dans le trafic d'armes en Afrique et dans de sombres histoires de prostitution. La visite d'une délégation de l'Union Européenne va là encore souligner le fossé grandissant entre ce que l'on veut nous montrer et la réalité africaine. Ainsi, les commissaires de l'UE s'affichent sourire aux lèvres, comme des héros lorsqu'ils annoncent que la Tanzanie respecte les normes sanitaires et a bien mérité de faire du commerce avec l'Europe, pendant que quelques mètres plus loin, dans les rues, la pauvreté et la misère s'affichent en taille réelle. De quoi nous faire réfléchir pendant longtemps sur le fonctionnement de ce monde et les systèmes de valeurs plutôt disparates que nous contribuons à installer.

Le film est poignant et la réaction du public à la fin en témoigne. Sur un générique sans musique où défilent les habituels remerciements et la production du documentaire, c'est un véritable silence de cathédrale qui règne dans la salle. Personne ne parle, personne ne se lève. Et lorsque la sortie s'effectue, on se retient presque de respirer jusqu'à la rue. Ne serait-ce que pour baisser quelques heures les oeillères qui nous confortent dans les bons côtés de ce monde, ce documentaire est un chef d'oeuvre à voir.

11 janvier 2006

Le Tigre et la Neige

 

Bien que les séances commencent à se faire de plus en plus rares, le temps faisant son inexorable effet, le Tigre et la Neige est toujours à l'affiche. Et c'est un film au profil plaisant qui s'offre alors à nous : histoire d'amour, poésie, regard sur l'Irak en guerre et surtout Roberto Benigni le talentueux et fantasque acteur-réalisateur italien. Un programme alléchant en somme.

Mais ce qui surprend à l'entame des presque deux heures de l'action, c'est l'acteur principal lui-même : on en avait un souvenir amusé et ému dans La Vie est Belle et on est clairement désappointé. Dans un même personnage excessif, bavard et maladroit, Benigni pousse le jeu à l'extrême ce qui le rend presque agaçant. On commence presque à se demander si le Tigre et la Neige ne prend pas la direction de ces films très bien vendus mais dont seule la bande annonce est véritablement plaisante. Mais les scènes passent, le rythme se pose tant bien que mal, et on plonge dans cette jolie fresque presque involontairement. L'histoire se déroule alors sans véritables fausses notes, et Benigni utilise enfin son arme secrète : le contre-pied. On s'était habitué à son excès et il nous prend par les sentiments. Le burlesque extrême devient légèrement triste et joliement touchant. Le film se ferme sur un rythme plus doux où toutes les réponses arrivent enfin, sans que l'on ait eu besoin de se poser toutes les questions. Un film qui laisse donc une impression étrange mais agréable. On se demande si on a apprécié et pourtant c'est le cas.

L'humanité, la poésie et l'amour qui transpirent de son personnage font finalement passer sans mal des cabrioles et des pitreries amusantes bien que trop souvent excessives. Notons l'apparition agréable mais pas transcendante de Jean Reno, en poète irakien, et celle de Nicoletta Braschi, compagne de Benigni, juste et touchante. En somme une séance agréable, un bon moment pour un film certainement moins culte que La Vie est Belle mais qui n'en reste pas moins une belle expérience cinématographique.


Vous l'avez vu? Vous avez envie de le voir? Ou au contraire cela ne vous tente absolument pas? Un avis sur le film ou sur les acteurs? N'hésitez jamais, participez