17 mars 2006
Le CPE ne passe pas inaperçu outre-Manche

Une introduction sur fond de mai 68, The Economist donne une analyse du mouvement anti-CPE français plutôt bien sentie, et surtout avec un oeil extérieur intéressant. Revenant d'entrée sur le heurts qui ont éclaté entre manifestants et policiers, le journal anglais n'oublie pas de préciser que les débordements lors de ces affrontements ont provoqué environ 1,2 millions d'euros de dégats. La suite de la présentation est connue : mouvement impulsé par la gauche française et les syndicats étudiants, débordements orchestrés par des casseurs et par l'extrême-gauche, protestations contre un contrat jugé précarisant... les anglais n'ont là dessus aucun regard critique.
Dans l'analyse des tenants et aboutissants politiques de ces mouvements étudiants, The Economist est là bien plus expansif. Tout d'abord, c'est avec une vision très britannique que le journal note que « bien que le but est d'encourager la création d'emploi dans un pays qui compte 9.6% de chômeurs, la résistance est intense ». C'est vrai qu'on a tendance a oublier que la France est toujours en retard sur ce sujet. Et au quotidien d'ajouter que la gauche française utilise au mieux ce CPE comme un outil puissant pour regrouper les rancoeurs anti-gouvernement. En parallèle, certains députés socialistes ont saisi le Conseil Constitutionnel alors que Jack Lang de son côté a demandé au président Chirac de dissoudre le parlement.
Mais ce qui intéresse le plus les britanniques sur notre politique interne, c'est les stratégies des deux hommes forts de la droite française, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy. Car les deux « présidentiables » de l'UMP gèrent ce dossier qui pourrait s'avérer clé en vue de 2007 de manière très différente. L'homme de Matignon reste pour le moment inflexible, malgré les possibles améliorations que son camp évoque et qu'il a lui même envisagé, notamment sur les garanties des titulaires de CPE. Le journal anglais souligne la volonté farouche du premier ministre de favoriser l'emploi malgré des sondages d'opinion qui lui sont largement défavorables et une côte de popularité qui s'effrite de jour en jour. Alors que The Economist reprend l'accusation « d'autisme » du journal Le Monde, il met le doigt sur le choix stratégique de Dominique de Villepin : « il a compris qu'aucun premier ministre qui a cédé face à la rue n'a eu les remerciements des votes (...) il parie qu'en restant ferme, en attendant une nouvelle baisse du chômage, il gagnera une réputation de courage qui l'emportera sur son choix politique de surdité ».
Quand à son principal adversaire de droite en 2007, son ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy, on s'étonne outre-Manche de son inhabituelle absence médiatique. Et la raison est plutôt simple « il risque d'être entraîné vers le bas par les problèmes de Dominique de Villepin ». Et en effet, certains sondages montrent que sa popularité baisse comme celle du premier ministre, de manière moins forte cependant. Mais doit-il pour autant se retirer du gouvernement pour s'occuper uniquement de la présidence de l'UMP? A cette question, les journalistes britanniques estiment qu'il est pris entre deux feux : au plus longtemps il restera au gouvernement, au plus il risquera d'être atteint par la fronde, mais s'il part, on pourra le taxer d'individualisme et de fuite devant le sort des français. Voilà certainement pourquoi il reste à l'écart de l'effervescence médiatique.
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24 janvier 2006
Un sommet franco-allemand qui laisse El Pais perplexe
A Versailles, ce lundi 23 Janvier le président Jacques Chirac recevait la chancelière allemande Angela Merkel, sur un fond de débat sur la TVA européenne. Et alors que les français s'intéressaient justement aux résultats des discussions sur ce sujet plus qu'autre chose, du côté espagnol on relevait d'autres éléments clés, avec un regard beaucoup moins subjectif.
Ainsi, le quotidien El Pais se montrait quelque peu ironique sur ce sommet informel franco-allemand. En effet, le journal espagnol insiste dans un premier temps sur l'union presque sacrée entre les deux chefs d'Etats et leurs pays respectifs, et sur « la voie commune » qui aurait été convenue pour les prochains conseils européens de Mars et Juin. Le journal ibérique met d'ailleur le doigt sur le consensualisme des propos tenus par la chancelière allemande qui déclare que « si la France et l'Allemagne ne sont pas les moteurs de l'Europe, l'Europe n'avancera pas ». Cette dernière se fait une fois de plus épingler lorsqu'elle paraphrase, selon El Pais, les propos tenus par Dominique de Villepin la semaine dernière à Berlin : « l'Europe des citoyens doit être l'Europe des projets concrets ». Et le quotidien continue de piquer lorsqu'il reprend les propos du chef de l'Etat français : « avec les difficultés que nous avons connues, et après le succès du budget, nous souhaitons donner un nouvel élan à l'Europe en apportant des solutions prioritaires aux problèmes des citoyens ». Les sujets ainsi discutés dans ce sens par les deux chefs d'Etats sont évoqué par le journal qui cite entre autre l'emploi, l'intégration des jeunes, la recherche et le développement, l'énergie, la démographie, les universités, la gestion de flux migratoires, et aussi sur les problèmes spécifiques comme l'épidémie de grippe aviaire. Mais en parallèle, El Pais met en exergue un profond désaccord franco-allemand qui le fait sourire : la constitution européenne. En effet, dans les sujets traités, l'avenir du texte refusé par les français n'a toujours pas été évoqué. On sait pourtant qu'Angela Merkel continue de défendre le traité alors que la France par la voix du peuple l'a rejetté. Et alors que Jacques Chirac se dit favorable à l'approbations de certaines mesures du traité, l'Allemagne ne veut pas en entendre parler.
Ainsi, alors que le journal El Pais se montre assez acide sur ce sommet franco-allemand, il est évident qu'un paradoxe fondamental existe dans ces relations. Comment deux pays qui se donnent un rôle central dans la construction européenne et qui veulent réconcilier les citoyens européens avec les institutions peuvent laisser de côté un désaccord si important pour le futur de l'UE? Quand on sait qui plus est que Jacques Chirac n'a pas sû à l'issue de la journée faire entendre ses arguments sur le taux de TVA européen alors que c'était l'une de ces promesses de campagne, il semble évident que le joli vernis franco-allemand est en train de se craqueler malgré les efforts mutuels. Et on en vient une fois de plus à se demander où va aller l'Europe avec un double moteur qui toussote.
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