17 mai 2006

Motion de censure ratée, mais François Bayrou ouvre les débats

 Affirmer que la Vème République connait des heures sombres c'est enfoncer une porte ouverte. Après la victoire du Non sur la Constitution Européenne, la révolte des banlieues, les manifestations contre le CPE et maintenant « l'Affaire Clearstream » le monde politique français est à l'agonie. Un sondage de grande ampleur (5600 personnes) mené par les instituts Cevipof et Ifop cristallise cet état de fait. Ainsi apprend-on que 76% des sondés estiment que les jeunes d'aujourd'hui ont moins de chance que leurs parents. Pire encore, 69% n'ont confiance ni en la gauche ni en la droite française à l'heure actuelle. Sur ce constat d'échec, la position tenue par l'UDF de François Bayrou semble ouvrir un nécessaire dialogue.

La motion de censure de tous les débats.

Le leader de l'Union pour la Démocratie Française a pris une position inédite depuis 1978. Ainsi, alors que la gauche a déposé une motion de censure à l'encontre de l'actuel gouvernement, François Bayrou appela son parti à suivre les socialistes. Peine perdue, puisqu'avec seulement 190 voix (il en fallait 289) la motion n'est pas passée. Et seulement 11 députés UDF sur 30 ont suivi leur président. Mais pour M. Bayrou, il s'agit là d'un « acte pionnier » et force est de constater qu'il n'a peut être pas tort. Cette prise de position résonne comme un grand coup de pied dans la fourmilière politique française.

Faire tomber le « mur de Berlin » entre la droite et la gauche.

Au delà de ce volte-face contre la majorité, la consigne de l'UDF a permis de souligner une fois de plus la malodorante inflexibilité du microcosme politico-politique français. A droite en effet, le président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, Bernard Accoyer, a renouvelé ses menaces de sanctions aux législatives contre l'UDF, affirmant que les députés qui voteraient contre la majorité « en paieront le prix le moment venu ». Dans son propre camp, Gilles de Robbien, ministre UDF, déclarait que son président de parti avait fait « un bras d'honneur à son électorat en changeant de camp ». Le président UMP de l'Assemblée Nationale, Jean-Louis Debré a lui-même accusé M. Bayrou de « planter un poignard dans le dos de ses amis politiques ». Enfin à gauche, alors que François Bayrou déclarait vouloir « travailler avec des gens différents (dans le futur) d'un bord et de l'autre » le PS a formellement repoussé les avances. Un immobilisme qu'il a vivement dénoncé en parlant d'un « mur de Berlin » entre la droite et la gauche, regrettant « l'interdiction formelle de fréquenter la gauche » pour un membre de la majorité. Il a également ajouté que l'unique chose qu'il « considère ennemie, c'est la malédiction qui interdit de se parler ».

Une nouvelle République, issue de plus en plus évidente.

Les réactions autour de cette motion de censure (la 3ème du gouvernement Villepin) sous-tendent des débats profonds sur le paysage politique français alors que plane l'ombre des présidentielles de 2007. Car le leader de l'UDF met en exergue les limites de l'actuel système. Entre une droite qui finit péniblement son deuxième mandat et une gauche dont le rôle d'opposition se limite à critiquer sans proposer, tout cela venant s'ajouter à la décrepitude des institutions de la Vème, il y a effectivement de quoi rendre le peuple français pessimiste. Quand au parti du centre(-droit), il continue son opération émancipation. Certes son programme connait une faible médiatisation, et son importance sur l'échiquier politique est trop limitée pour gouverner seul. Mais en franchissant la limite du vote contre le gouvernement, François Bayrou a ouvert la boîte de Pandore. Et pour solutionner les profonds problèmes français, et surtout le rôle d'un Parlement délaissé, Bayrou comme d'autres rêve d'une VI ème République, une « République nouvelle qui soit une République de tous et non pas une République des amis ». Et d'affirmer ainsi que « les français ne veulent plus de cette République d'ombres ».

Que l'on apprécie François Bayrou ou pas, les messages qu'il vient de faire passer dans le débat sur la motion de censure ne sont pas sans intérêts. Car l'appel à la communication entre les partis politiques français ne peut être qu'une bonne chose. Dans l'état actuel, l'avenir semble bien sombre. Les différents courants n'ont plus de réels programmes ni d'idéologie, et pour 2007 l'alternance serait un retour en arrière (pour nier 12 années de droite) et la continuité une prolongation du malaise (sauf grand tour de magie). Rêver que la France soit capable d'avoir une coalition à l'allemande ou tout du moins une confrontation d'idées basée sur la richesse et l'intérêt national plutôt que sur la bassesse et les enjeux politiques, voilà un ultime espoir. Quand au serpent de mer de la VI ème République, le débat est une fois de plus ouvert. Mais qui l'abordera vraiment?

04 mai 2006

« L'immigration choisie » fait grand bruit


Fini le mythe de la génération black-blanc-beur de 1998? Finie la France multiculturelle et multiraciale? Nul ne peut aujourd'hui répondre à ces questions. Mais la discussion au Parlement sur le projet de loi sur « l'immigration choisie » de Nicolas Sarkozy commençait ce mardi 2 Mai. Et au delà des débats parlementaires, ce projet fait jaser à bien d'autres égards.

Le texte, pour lequel le gouvernement devrait demander l'urgence, comprend plusieurs mesures drastiques afin « de ne plus subir l'immigration » selon le ministre de l'intérieur. Le projet de loi entend ainsi définir des « objectifs quantitatifs prévisionnels » c'est à dire le nombre et le nature des cartes de séjour (rebaptisées pour la cause « compétences et talents ») mais aussi des mesures pour obliger à quitter le territoire, un durcissement du regroupement familial, un contrôle des mariages mixtes et enfin l'abolition de la régularisation de plein droit après 10 ans.

Des mesures très strictes en somme, mais Nicolas Sarkozy n'exclut en rien la continuité de « l'humanisme » à la française. Il souhaite également tisser des liens avec les pays d'origine pour organiser le retour de certaines catégories de personnes afin d'éviter la tant redoutée « fuite des cerveaux ». Quand aux liens étroits entre ses propos (« Si certains n'aiment pas la France, qu'ils ne se gènent pas pour la quitter ») et ceux de l'extrême droite, l'auteur du texte se défend « Si Jean-Marie Le Pen dit que le soleil est jaune, dois-je dire qu'il est bleu? ». Et de confirmer devant les députés ce mardi « une personne qui ne partage pas les valeurs de la France n'a pas vocation à y rester durablement ».

Mais le discours et la méthode du ministre de l'intérieur ont une fois de plus trouvé un écho, principalement celui de la gauche et d'une partie du peuple. Juste après les conflits sur le CPE, en pleine crise de régime et alors que M. Sarkozy fait office de dernier obstacle crédible de droite, ce thème fondamental de l'immigration est une aubaine pour les partis politiques de gauche. Au Parti Socialiste, il n'est cependant pas question d'amender un texte dont on souhaite simplement demander le retrait parce qu'il est « dangereux, inutile et inefficace ». Pour Bernard Roman, le projet porte ainsi « atteinte aux valeurs de la France et organise un recul des droits liés à la vie familiale et à l'asile ». De plus, il augmenterait mécaniquement l'immigration clandestine selon l'orateur du groupe socialiste.

Même son de cloche au Parti Communiste Français, où Marie-Georges Buffet dénonce « une loi honteuse », du côté de l'Eglise ou des associations qui dénoncent une « immigration jettable ».

Comme pour le CPE, on s'achemine selon toute vraissemblance vers un long débat, à moins que l'habituelle méthode-expresse de Nicolas Sarkozy fasse la différence. Reste qu'au delà des mesures en elles-mêmes la question qui se pose à la société française reste entière : la France actuelle doit-elle limiter son immigration pour apporter un vrai plus à ceux qui arrivent ou faut-il rester une terre d'asile coûte que coûte? Selon un sondage IFOP du 30 Avril, 47% des français s'estiment proches des idées du ministre de l'intérieur en matière d'immigration. Preuve que les débats sont bien plus ouverts qu'il n'y paraît.

09 avril 2006

Affaire Sohane, cité Balzac : un verdict qui délie les langues

On a souvent tendance à stéréotyper les cités. Les médias et les politiques jouent d'ailleurs un rôle très important dans cette image entretenue. Il est vrai que le soulèvement général cet hiver et les scènes d'émeutes rapportées dans les actualités n'étaient pas de nature à calmer l'image populaire. Et quand on parle des casseurs qui suivent souvent les manifestations, ne parle-t-on pas la plupart du temps de "jeunes de cités"? Pourtant, lorsqu'une affaire éclate dans ce microcosme, on se rend alors compte que tout n'est pas tout blanc ou tout noir. Ainsi, alors que la cour d'assises du Val-de-Marne a condamné dans la nuit de vendredi à samedi Jamal Derrar (25ans) et son complice Tony Rocca (8ans) a de lourdes peines de prison pour le meutre de Sohane ( en octobre 2002, la jeune femme avait été brûlée vive dans un local à poubelles de Vitry-sur-Seine) les habitants de la cité Balzac ont réagit de façon très contrastée.

Chez les amis de "Nono" comme on le surnomme ici, c'est la consternation et la colère qui sont de rigueur. " Les jeunes sont dégoutés, 25ans c'est trop (...) Moi à son âge j'aurais fais la même chose pour faire flipper une meuf" déclare ainsi un copain de Jamal Derrar. Un autre estime qu'il aurait dû "prendre 4 ou 5 ans, pas plus". Mais ce ne sont pourtant pas les propos les plus tranchés. Karim, un ami de 33ans déclare pour sa part " s'il a été condamné c'est à cause de Ni Putes Ni Soumises et de toutes les petites suceuses du quartier qui ont parlé à la place de Sohane". Des propos à peine moins irréalistes que les jeunes qui applaudirent Jamal pendant la reconstitution de la scène.

A l'opposé, d'autres habitants du quartier estiment que la peine est dure mais juste. Bien que certains tiennent des propos au combien moins cléments pour "Nono". Ainsi, un vieux monsieur de 88 ans estime pour sa part qu'il devrait "passer les restant de ses jours en prison". Et un jeune de révéler "ce matin une vieille m'a dit qu'il faudrait rétablir la peine de mort pour Jamal". Tout un fossé donc entre les pro et les anti Derrar et Rocca.

Cependant, au delà du conflit qui existe sur le verdict de l'affaire Sohane, c'est bien la vie dans la cité Balzac, comme dans beaucoup d'autres cités de France, qui est pointée du doigt. Le refus de témoignage d'une mère de famille et de sa fille souligne le malaise qui persiste autour de la violence latente dans les cités. "On est dans une zone où l'on a pas le droit de parler parce qu'il y a trop de menaces (...) il faut que je parte d'ici, ça fait 25 ans et je n'en peux plus". Et bien que la plupart des jeunes femmes préfèrent encore se taire sur le jugement de Jamal et Tony, deux d'entres elles précisent tout de même : "Ici il y a des machos, mais il n'y en a pas plus qu'ailleurs" ou encore "25 ans c'est trop lourd. Jamal de l'a pas fait exprès". Il n'empêche que selon le verdict, les deux jeunes sont bien coupables d'avoir brûlé une jeune femme après l'avoir aspergé d'essence. Une barbarie qui n'a pas semblé émouvoir les deux complices lors du procès. Triste affaire de règlement de compte (puisque Jamal s'était battu avec le petit ami de Sohane), tragique préméditation (l'essence avait été achetée la veille et Rocca gardait la porte du local à poubelles) ou simple altercation qui dégénère, le procès ne tira pas toutes les conclusions. Mais cette affaire n'est malheureusement pas la première, et certainement pas la dernière à venir remplir le casier des violences graves dans les cités. Des cités souvent vues comme des zones de non droit mais qu'aucun politique ne fait véritablement changer. Un père de famille concluant ainsi que Jamal " est une victime comme Sohane, une victime de la vie à Balzac". La comparaison est certes un peu légère mais pas dénuée de tout sens. Il reste cependant que quartiers laissés à l'abandon ou pas, les lois ne doivent pas êtres adaptées lorsque de telles atrocités sont commises. Là aussi un autre père de six enfants tentait d'apporter une explication au drame " Sohane n'avait pas de grand frère, c'est pour ça que Jamal s'est permis de faire ça". Une vision peut être pas tout à fait en phase avec la réalité mais qui traduit la dure loi de la vie dans la plupart des cités françaises.

Reste néanmoins à savoir quand le pays se décidera enfin à faire changer cela. A l'heure où les étudiants et les syndicats bloquent le pays pour les intérêts personnels et sans que l'on soit certains à 100% du bien fondé de leurs craintes, à l'heures où les politiques essaient de tirer la couverture sur eux en pensant à 2007, à l'heure où on s'oppose sur la réintégration de l'ours en France ou sur l'interdiction de fumer dans les lieux publics, il serait peut être temps de penser à tous ces français qui vivent dans les cités et à la dureté des violences qui va croissante à travers le pays. Car dans un pays plus juste, peut être n'aurions nous pas à déplorer les travers de ces cités françaises dans lesquelles une jeune femme brûlée n'attire pas la peine de tous.

Avis de l'intérieur ou perception extérieure, quel est votre avis sur l'affaire Sohane et sur la vie dans les cités?

04 mars 2006

Jacques Chirac donne le ton à Riyad

 

Le chef de l'Etat français est en visite officielle, dès ce samedi et pour trois jours, à Riyad en Arabie Saoudite. Une bonne occasion pour lui d'évoquer au cours d'un entretien la position française sur trois sujets brûlants de l'actualité internationnale : le retrait en Irak, la situation nucléaire de l'Iran et le futur gouvernement palestinien.

Tout d'abord, c'est sur le sujet irakien que le président Chirac s'exprime dans un quotidien arabe publié ce samedi. Pour lui, l'objectif est clair, il faut « permettre aux irakiens de rentrer dans une logique de responsabilité ». C'est pourquoi il attend un « horizon » pour le retrait des troupes étrangères du pays. Ce départ favoriserait ainsi le dialogue national et serait de nature à appaiser les tensions entre sunnites et chiites. Pour le président français, « un conflit intercommunautaire aurait des répercussions dramatiques ». Pour information, rappelons que le président des Etats Unis, l'un des principaux concernés par l'affaire n'a toujours pas fixé de date pour le retrait d'Irak.

« Je le dis avec force: la porte reste ouverte à une reprise des discussions, dès lors que l'Iran se conforme aux demandes de l'AIEA », voilà comment Jacques Chirac évoque ce second point chaud, toujours dans le même quotidien. Et pour le président français d'ajouter :« J'appelle les dirigeants iraniens à renouer avec l'esprit de dialogue ». Une porte ouverte donc, même s'il ne cache pas que l'ONU devra prendre des décisions en cas de complications dans le dossier. En sachant que ce lundi, l'AIEA présentera un rapport sur les activités d'enrichissement de l'uranium iranien, cette intervention française laisse au régime de Téhéran le choix du comportement à suivre.

La même position est d'ailleurs prise par l'homme de l'Elysée à propos de la situation palestinienne. Suite à la victoire du Hamas lors des élections législatives, les tractations se poursuivent pour la formation du gouvernement. « Personne ne souhaite couper l'aide internationale aux populations » voilà en substance le commentaire de Jacques Chirac sur les éventuelles sanctions de l'Union Européenne si le futur gouvernement palestinien ne se tenait pas une juste politique. Le chef de l'Etat a ainsi ajouté que tout dépendrait du comportement de la future équipe dirigeante. Tout en précisant que « Dans l'immédiat, nous appelons le Hamas à comprendre que la voie de la violence est sans issue et à poursuivre sa transition vers l'action politique », le président de la république a indiqué que pour lui la solution au conflit israëlo-palestinien passait par « une reconnaissance d'Israël » en renonçant à la violence et en suivant les accords passés, en précisant (pour Israël) qu'il fallait agir son unilatéralisme.

Ainsi, le président français se montre à la fois ferme mais ouvert au dialogue. Alors qu'on a tendance à l'oublier quelque peu avec les tractations sur la présidentielle de 2007, le président français montre une fois de plus qu'il est toujours aussi à l'aise sur la scène internationale.

01 mars 2006

La Nouvelle-Orléans : un Mardi Gras pour oublier

 

 

On se souvient tous fort bien, malheureusement, des images de chaos venant de la Nouvelle-Orléans après le passage de la tristement célèbre Katrina. Le bilan comptable et moral aujourd'hui ne semble toujours pas relever une amélioration de la situation.

La population a ainsi été disséminé aux quatre coins du pays, obtenir un logement est devenu un véritable luxe et l'assistance médicale est plus que jamais difficile à obtenir. Pire, les revenus du tourisme, l'une des principales sources de richesses et d'emploi de la Nouvelle-Orléans, peinent à retrouver un niveau proche de celui d'avant Katrina. Et c'est pourtant tellement important dans le processus de reconstruction. On note ainsi que les ventes sont en dessous de 50 à 70% de ce qu'elles étaient avant Katrina. Deux tiers des restaurants sont fermés, et les rares établissement ouverts notent une affluence relativement faible, et fournissent des services de qualité médiocre compte tenu du manque de personnel. Enfin, selon un récent sondage Gallup, 53% des personnes interrogées estiment que la principale cause de blocage dans la reconstruction est représentée par les autorités locales jugées corrompues. Presque 36% des sondés allant même jusqu'à affirmer que le gouvernement fédéral ne se soucie guère de la situation actuelle.

Une jolie ambiance donc, un climat très incertain et pourtant, au milieu de ce marasme le peuple de la Nouvelle-Orléans a ce mardi envoyé un signe fort au monde entier : la premier Mardi Gras d'après Katrina s'est déroulé comme si de rien était. Enfin presque. Avec les 1100 morts comptabilisés en Louisiane (où se trouve la Nouvelle-Orléans) et le départ forcé d'une partie de la population, il existait un certain « vide ». Certes plusieurs dizaines de milliers de personnes ont fait la fête en toute simplicité comme chaque année, mais les stigmates étaient présentes, latentes. Ainsi, le plus célèbre groupe noir de la ville, le « Zulu Krewe » était amputé de deux tiers de ses membres. Pendant Katrina, dix membres sont décédés et aujourd'hui, seulement 200 des 600 membres sont de retour en ville. Tout un symbole. Mais pas la moindre pointe de fatalisme chez leur porte parole Jay Banks, tout au contraire : « plus vite nous remettrons en route la Nouvelle-Orléans, plus vite les gens retrouveront leur vie d'avant ». Et comme eux, de nombreux habitants font la fête, se retrouvent et discutent en toute insouscience. Pourtant certains ont perdu cet été tous leurs biens et parfois des proches. Mais cette fête est le symbole du renouveau de la Nouvelle-Orléans, celui impulsé par sa population en tout cas. Un joli message de courage et d'espoir.

01 février 2006

Discours de George W. Bush sur l'état de l'Union

 

Ce 31 Janvier, le président des Etats-Unis, George W. Bush tenait son 5ème discours sur l'état de l'Union. Dans un contexte de déficit budgétaire et une situation en Irak toujours aussi délicate, le président américain restait fidèle à ses chevaux de bataille, mais le ton était moins assuré.

Au niveau de la politique intérieure, George Bush s'est surtout tenu à une volonté de se désintoxiquer de la « drogue » américaine, le pétrole, avec notamment une baisse de 75% des importations du Moyen-Orient d'ici à 2025. Il a également défendu l'enseignement scientifique, comme un moyen de se protéger de la concurrence asiatique, ainsi que l'interdiction de toute forme de clonage, mesure attendue par son électorat chrétien conservateur. Cependant, ce qui intéressait réellement les observateurs planétaires, s'est la politique internationale américaine. Et George Bush n'a pas failli à son habitude, en revendiquant haut et fort que « l'Amérique doit conduire le monde ».

Il a ainsi défendu pêle-mêle sa stratégie et ses points de vue sur l'actualité chaude du moment. « L'alternative au leadership américain, c'est un monde beaucoup plus dangereux et anxieux ». Voilà qui avait le mérite d'être clair. Il a également évoqué l'Amérique comme defenseur de la liberté mondiale, affirmant que si la moitié du monde vivait en démocratie «  nous n'oublions pas l'autre moitié, des pays comme la Syrie, la Birmanie, le Zimbabwe, la Corée du Nord et l'Iran parce que les exigences de justice et la paix du monde requièrent aussi leur liberté ». Un beau programme donc pour les futures actions américaines en matière de transmission de la démocratie... comme dans une certaine Irak. L'Irak justement, un pays dans lequel les Etats-Unis sont toujours englués. Le président Bush n'a pas voulu s'engager sur une date de retrait, estimant qu'un départ « abandonnerait nos alliés à la mort et à la prison ». Il a ensuite affirmé sa volonté de tenir parole sur la situation irakienne, en affirmant enfin « nous sommes en train de gagner ». Une victoire qui est bien longue à se dessiner.

Sur d'autres dossiers du moment, George Bush a évoqué entre autre l'Iran, la situation en Palestine, l'Egypte et l'Arabie Saoudite. Pour le régime de Téhéran, il s'est principalement contenté de souligner que la possession de l'arme nucléaire ne devait pas être permise par la communauté internationale. Pour le succès du Hamas, le discours n'a pas changé, mais le président américain a assuré que cette élection doit être un « commencement » et qu'il fallait rapidement constituer un « Etat de droit ». Enfin, il a conseillé à l'Egypte et à l'Arabie Saoudite d'être moins timides sur les réformes. Des prises de positions attendues en somme, mais qui confortent quelque peu les américains quand à la capacité de leur pays à gérer les affaires mondiales. Un George Bush qui ne change finalement pas de cap, bien qu'il semble quelque peu ébranlé par des échecs américains difficiles à dissimuler.

Un président en fin de cycle? Une vision trop unilatérale du monde? Au contraire, une bonne chose pour la communauté internationale? Réagissez ici sur ce discours du président américain.

Taux de TVA dans le bâtiment : l'UE tombe enfin d'accord

 

La question crispait l'Union Européenne dans son ensemble, la France en particulier. Après avoir mis son veto sur le taux de TVA réduit de 5,5% dans le bâtiment, la Pologne allait-elle enfin s'accorder avec les autres pays pour prolonger l'actuelle dérogation? Et bien ce mercredi, la présidence autrichienne de l'UE annonçait fiérement avoir obtenu l'accord de la Pologne sur le sujet.

En fait, le problème qui se posait pour un accord résidait dans la définition des travaux concernés par ce taux réduit : la Pologne souhaitait l'extension du domaine d'application à la construction de logement neuf, l'actuel domaine se limitant aux rénovations. Mais elle a donc aujourd'hui revu ses demandes à la baisse, bien aidée en cela par la pression des 24, permettant à l'UE de trouver enfin un accord. En vigueur depuis 1999, les taux réduits sur le bâtiment représentent une dérogation au taux normal de 15%. Ces dérogations sont actuellement appliquées dans neuf Etats de l'UE ( France, Royaume Uni, Italie, Espagne, Belgique, Pays Bas, Portugal, Luxembourg et Grèce ) qui se voyaient plongés dans un vide juridique depuis le 31 Décembre dernier, date à laquelle elles expiraient. De l'avis de la ministre des finances polonaise Zyta Gilowska, l'accord a été difficile à trouver, et soulage l'ensemble des membres de l'UE, qui étaient tous tombés d'accord sur la prolongation des dérogations.

Mais au delà du nouveau délai jusque 2010, cet accord est particuliérement appréciable à deux niveaux. Dans un premier temps, l'UE semble enfin capable de prendre des décisions sur des points sensibles. L'unanimité étant la norme, parvenir enfin à un accord mal engagé représente un vrai point positif pour les 25. Cela va permettre aux citoyens de l'UE de reprendre enfin confiance en leurs institutions. Dans un deuxième temps, au niveau national, on ne peut que se féliciter qu'un tel accord ait été pris. Thierry Breton, ministre de l'économie déclarait ainsi que cet accord est « une très bonne nouvelle pour la France et l'Europe ». Et il est vrai qu'après l'échec des négociations pour le taux de TVA de la restauration, une deuxième impasse aurait été terrible. Au niveau national, dans la mesure où la France jouït déjà des dérogations reconduites aujourd'hui, ce ne peut être que positif aussi bien pour l'emploi que dans la lutte contre le travail au noir. C'est donc un petit pas dans les faits, mais un grand pas pour l'Union Européenne et la France.

Pensez-vous que la nouvelle est positive? A quel(s) niveau(x)? Est-ce un signe important pour la construction des décisions communes ou simplement un acte isolé et motivé par le pouvoir des grands pays concernés?