25 janvier 2006
Le cauchemar de Darwin
Le festival Télérama et ses places de cinéma à 3€ a le mérite de nous permettre quelques essais en matière de film. En effet, Le cauchemar de Darwin n'est pas à première vue un film palpitant, en tout cas personne ou presque n'en avait faire la promotion, si bien que sa sortie en Mars 2005 était presque passée inaperçue. Et pour ceux qui n'avaient pas lu le synopsis, ils devaient être déçus en se rendant compte qu'il ne s'agissait pas d'un film d'horreur ou d'un thriller. Car point d'effusion d'hémoglobine ni de suspens haletant dans ce documentaire sur l'afrique. Et en effet, c'est bien dans un documentaire que le cinéphile averti se plonge avec cette projection. Autant le dire tout de suite, si les premières minutes paraissent longues, le temps de planter le décor, on se trouve très rapidement pris à cette tranche de vie filmée comme telle, avec son rythme et ses émotions.
Le cauchemar de Darwin est tourné en Tanzanie, plus précisement sur les bords du Lac Victoria. Pourquoi le documentariste autrichien Hubert Sauper choisit un tel lieu pour le film? Simplement parce que cet endroit a la réputation d'être le berceau de l'humanité, et qu'il est en train de vivre une déchéance apocalyptique. En effet, dans les années 1960 la perche du Nil a été implanté dans le lac, alors que ce poisson prédateur n'est originellement pas présent dans ces eaux. La perche du Nil a eu un double effet sur la région. Dans un premier temps, sa chair abondante et appréciée a permis à la région d'entrer sur le marché mondial du poisson. Mais l'effet pervers gravissime, c'est que cette espèce a détruit tout l'écosystème du Lac Victoria dont les eaux sont aujourd'hui extrêmement pauvres et eutrophiées, conséquences de la voracité de la perche qui a dépeuplé l'endroit des poissons mangeurs d'algues d'autrefois.
Si le synopsis paraît simple, il n'en demeure pas moins que ce film met en exergue toutes les dérives de ce monde et la mort lente d'une partie de l'Afrique. Toutes les scènes sont lourdes de sens, les images sont souvent dures, cruelles et amènent logiquement à réflechir sur notre propre situation. On y verra ainsi de tout jeunes enfants africains vivant dans les rues, se battant littéralement comme des chiens pour manger, sombrant dans la drogue et la violence pour ne pas penser à leur sombre avenir. On y verra aussi le développement du SIDA et l'impuissance de l'Afrique face à ce fléau. On y verra également l'inégale répartition de la richesse mondiale, les beaux filets de poissons partant en Europe, les tanzaniens devant se partager les carcasses putréfiées et le peu de chair avariée qui y reste. Et les autres exemples aussi révoltants que boulversants ne manquent pas tout au long de la projection. Ainsi, Le cauchemar de Darwin va aller au delà des espérances initiales de ses auteurs. Les avions cargos qui viennent et repartent chaque jour pour transporter le poisson et dont nous allons suivre un équipage russe, vont se réveler mélés dans le trafic d'armes en Afrique et dans de sombres histoires de prostitution. La visite d'une délégation de l'Union Européenne va là encore souligner le fossé grandissant entre ce que l'on veut nous montrer et la réalité africaine. Ainsi, les commissaires de l'UE s'affichent sourire aux lèvres, comme des héros lorsqu'ils annoncent que la Tanzanie respecte les normes sanitaires et a bien mérité de faire du commerce avec l'Europe, pendant que quelques mètres plus loin, dans les rues, la pauvreté et la misère s'affichent en taille réelle. De quoi nous faire réfléchir pendant longtemps sur le fonctionnement de ce monde et les systèmes de valeurs plutôt disparates que nous contribuons à installer.
Le film est poignant et la réaction du public à la fin en témoigne. Sur un générique sans musique où défilent les habituels remerciements et la production du documentaire, c'est un véritable silence de cathédrale qui règne dans la salle. Personne ne parle, personne ne se lève. Et lorsque la sortie s'effectue, on se retient presque de respirer jusqu'à la rue. Ne serait-ce que pour baisser quelques heures les oeillères qui nous confortent dans les bons côtés de ce monde, ce documentaire est un chef d'oeuvre à voir.
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La VO devance la VF pour les visiteurs de ce blog
Que l'on préfère regarder un film en version d'origine ou dans la langue de Molière, chacun a son idée sur la meilleure façon d'apprécier l'expérience cinéma-documentaire-télévision. Pour lancer le débat et avoir l'avis des visiteurs de ce blog, un sondage sur ce thème a donc été lancé. Et les résultats sont clairs : sur 12 votants, la VO emporte la partie avec 81.8% de suffrages.
Apparement donc, 81.8% des internautes à s'être exprimé privilégient le réalisme des propos et optent pour la VO. Les motivations traditionnelles pour ce choix sont nombreuses, mais on parle en général de l'absence d'écart entre ce qui devait être dit et ce qui est retranscrit via les traductions. D'autre part, pour apprécier vraiment le jeu d'acteur ( dans le cas de films ou séries étrangers ) il est vrai que la VO est souvent conseillée. Bien sûr, le travail de traduction est d'une qualité grandissante, mais il ne rend pas toujours le meilleur de l'oeuvre d'origine. Notons de plus que la VO est un bon moyen d'approcher ludiquement une autre langue ou de s'y familiariser. Reste cependant qu'il faut vouloir s'y mettre, car c'est au départ un effort, que l'on regarde avec sous-titre ou non. Cependant, ceux qui y ont gouté annoncent souvent qu'ils n'ont pas regretté.
Les deux autres réponses proposées étaient « VF » qui a recueilli 18.2% des suffrages alors que « ça dépend » n'a obtenu que 9.1% des votes. Pour la VF, c'est souvent le confort et l'aspect divertissement qui prime, et on préfère la traduction à l'original pour ne pas avoir d'effort à faire durant le programme. On peut reprendre les arguments en faveur de la VO pour limiter ce choix de la VF, mais le libre arbitre et le développement des DVD permettent à chacun d'apprécier un film ou une émission de la façon qui lui sera la plus agréable. Enfin, pour ceux qui regardent aussi bien en VO qu'en VF, le choix peut résulter de rapports divers aux programmes. D'un côté il y a le spectateur qui aime seulement certains programmes en VO car il les connait bien. D'un autre côté il y a celui qui zappe de VO à VF pour apprécier les deux versions et celui qui n'a pas d'autre choix (sur les bonnes vieilles VHS). Enfin ce choix est parfois fait parce que certaines VO sont moins agréables que les versions traduites. Cela étant les chiffres ont parlé, la VO l'emporte chez les visiteurs de ce site, ce qui montre une volonté d'ouverture mais également une façon de voir le cinéma autrement.
Que vous ayez participé au sondage ou non, n'hésitez pas à venir commenter vos choix entre la VO et la VF, vos motivations, vos exemples...
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24 janvier 2006
Un sommet franco-allemand qui laisse El Pais perplexe
A Versailles, ce lundi 23 Janvier le président Jacques Chirac recevait la chancelière allemande Angela Merkel, sur un fond de débat sur la TVA européenne. Et alors que les français s'intéressaient justement aux résultats des discussions sur ce sujet plus qu'autre chose, du côté espagnol on relevait d'autres éléments clés, avec un regard beaucoup moins subjectif.
Ainsi, le quotidien El Pais se montrait quelque peu ironique sur ce sommet informel franco-allemand. En effet, le journal espagnol insiste dans un premier temps sur l'union presque sacrée entre les deux chefs d'Etats et leurs pays respectifs, et sur « la voie commune » qui aurait été convenue pour les prochains conseils européens de Mars et Juin. Le journal ibérique met d'ailleur le doigt sur le consensualisme des propos tenus par la chancelière allemande qui déclare que « si la France et l'Allemagne ne sont pas les moteurs de l'Europe, l'Europe n'avancera pas ». Cette dernière se fait une fois de plus épingler lorsqu'elle paraphrase, selon El Pais, les propos tenus par Dominique de Villepin la semaine dernière à Berlin : « l'Europe des citoyens doit être l'Europe des projets concrets ». Et le quotidien continue de piquer lorsqu'il reprend les propos du chef de l'Etat français : « avec les difficultés que nous avons connues, et après le succès du budget, nous souhaitons donner un nouvel élan à l'Europe en apportant des solutions prioritaires aux problèmes des citoyens ». Les sujets ainsi discutés dans ce sens par les deux chefs d'Etats sont évoqué par le journal qui cite entre autre l'emploi, l'intégration des jeunes, la recherche et le développement, l'énergie, la démographie, les universités, la gestion de flux migratoires, et aussi sur les problèmes spécifiques comme l'épidémie de grippe aviaire. Mais en parallèle, El Pais met en exergue un profond désaccord franco-allemand qui le fait sourire : la constitution européenne. En effet, dans les sujets traités, l'avenir du texte refusé par les français n'a toujours pas été évoqué. On sait pourtant qu'Angela Merkel continue de défendre le traité alors que la France par la voix du peuple l'a rejetté. Et alors que Jacques Chirac se dit favorable à l'approbations de certaines mesures du traité, l'Allemagne ne veut pas en entendre parler.
Ainsi, alors que le journal El Pais se montre assez acide sur ce sommet franco-allemand, il est évident qu'un paradoxe fondamental existe dans ces relations. Comment deux pays qui se donnent un rôle central dans la construction européenne et qui veulent réconcilier les citoyens européens avec les institutions peuvent laisser de côté un désaccord si important pour le futur de l'UE? Quand on sait qui plus est que Jacques Chirac n'a pas sû à l'issue de la journée faire entendre ses arguments sur le taux de TVA européen alors que c'était l'une de ces promesses de campagne, il semble évident que le joli vernis franco-allemand est en train de se craqueler malgré les efforts mutuels. Et on en vient une fois de plus à se demander où va aller l'Europe avec un double moteur qui toussote.
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11 janvier 2006
Le Tigre et la Neige
Bien que les séances commencent à se faire de plus en plus rares, le temps faisant son inexorable effet, le Tigre et la Neige est toujours à l'affiche. Et c'est un film au profil plaisant qui s'offre alors à nous : histoire d'amour, poésie, regard sur l'Irak en guerre et surtout Roberto Benigni le talentueux et fantasque acteur-réalisateur italien. Un programme alléchant en somme.
Mais ce qui surprend à l'entame des presque deux heures de l'action, c'est l'acteur principal lui-même : on en avait un souvenir amusé et ému dans La Vie est Belle et on est clairement désappointé. Dans un même personnage excessif, bavard et maladroit, Benigni pousse le jeu à l'extrême ce qui le rend presque agaçant. On commence presque à se demander si le Tigre et la Neige ne prend pas la direction de ces films très bien vendus mais dont seule la bande annonce est véritablement plaisante. Mais les scènes passent, le rythme se pose tant bien que mal, et on plonge dans cette jolie fresque presque involontairement. L'histoire se déroule alors sans véritables fausses notes, et Benigni utilise enfin son arme secrète : le contre-pied. On s'était habitué à son excès et il nous prend par les sentiments. Le burlesque extrême devient légèrement triste et joliement touchant. Le film se ferme sur un rythme plus doux où toutes les réponses arrivent enfin, sans que l'on ait eu besoin de se poser toutes les questions. Un film qui laisse donc une impression étrange mais agréable. On se demande si on a apprécié et pourtant c'est le cas.
L'humanité, la poésie et l'amour qui transpirent de son personnage font finalement passer sans mal des cabrioles et des pitreries amusantes bien que trop souvent excessives. Notons l'apparition agréable mais pas transcendante de Jean Reno, en poète irakien, et celle de Nicoletta Braschi, compagne de Benigni, juste et touchante. En somme une séance agréable, un bon moment pour un film certainement moins culte que La Vie est Belle mais qui n'en reste pas moins une belle expérience cinématographique.
Vous l'avez vu? Vous avez envie de le voir? Ou au contraire cela ne vous tente absolument pas? Un avis sur le film ou sur les acteurs? N'hésitez jamais, participez
23:15 Publié dans Télévision, Cinéma, Musique... | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
10 janvier 2006
Quand la passion est plus forte que tout

Le rally raid Paris-Dakar est une institution, c'est un fait. Chaque année, qu'on s'y intéresse ou pas, la fameuse aventure où se mèlent professionnels et amateurs fait parler d'elle. Que ce soit pour la passion du sport, de l'aventure, mais aussi les vives critiques contre une épreuve sportive jugée parfois néfaste à l'Afrique, le Paris-Dakar est tous les ans dans l'actualité. Cependant ce lundi 9 janvier 2006, c'est avec tristesse et recueillement que l'on évoquait ce rally. En effet, le motard australien Andy Caldecott décédait dans une grave chute lors de la 9ème spéciale en Mauritanie. Ce baroudeur de 41ans est ainsi le 23ème membre de la caravane du Dakar à trouver la mort en 28 éditions. Il y a d'ailleurs un an presque jour pour jour, le célèbre motard Fabrizio Meoni perdait également la vie dans de telles conditions. Triste signe du destin, Caldecott avait été appelé en remplacement d'un autre pilote, forfait, alors qu'il ne souhaitait initialement pas s'aligner dans la course.
Cette triste nouvelle affecte une fois de plus le monde sportif et l'univers des passionnés. Et c'est là qu'on peut soulever un débat : jusqu'où est on prêt à aller par passion, par amour? Quand bien même Caldecott, le motard australien, s'était élancé sur le Paris-Dakar à contrecoeur il restait un homme profondément passionné par son sport. Et combien de sportifs ou d'aventuriers disparaissent dans la pratique de leur passion, prêts à aller jusqu'au bout malgré les dangers? Meoni, mais aussi le motard français Richard Sainct, comme Daniel Balavoine il y a quelques années, ont perdu la vie dans les rally raid. Combien de marins partent en mer pour ne jamais revenir. On peut aussi parler des pilotes de formule 1, comme Ayrton Senna, qui prennent d'énormes risques et en payent parfois un lourd tribut. Brefs, les exemples ne manquent pas, mais au delà de ça, par des exemples célèbres ou vos expériences quotidiennes, jusqu'où pensez-vous qu'on puisse aller par amour ou passion? Faut-il accepter d'en payer parfois le plus lourd prix? Est-ce de l'inconscience ou une expérience de vie unique? Votre avis et vos expériences comptent, alors à vos claviers.
13:05 Publié dans Et si on en débattait? | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
09 janvier 2006
Encore du changement sur ce blog
Après avoir lancé ce blog, je l'ai il y a quelques temps réorienté afin d'en faire une presentation régulière de l'actualité sur laquelle nous pouvions débattre...
Cependant, cette formule ne me plait aujourd'hui plus pour plusieurs raisons : tout d'abord, réagir sur des faits d'actualités divers et variés n'a pas semblé une bonne idée, car l'actualité ne peut pas toujours être remise en débat, et d'autre part, cette présentation de l'actualité demande beaucoup de temps que je n'ai pas toujours, si bien que par moment ce blog est sans vie et sans matière.
Je vais donc réfléchir à de nouvelles catégories, même si je ne m'éloignerais jamais vraiment de ce qui me plaît, à savoir l'actualité, la culture, la politique, le sport.... et bien sûr les débats!
Vous pouvez noter qu'un fil d'actualités a été placé dans ce blog, et ce afin de perpétuer le suivi de l'actualité qui me tient à coeur.
Je suis ouvert à toute proposition et ce blog reprendra une activité très très rapidement.
Au plaisir de vous lire...
16:02 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02 janvier 2006
02/01 : Le procès Humbert botté en touche
LILLE, non-lieu requis dans l'affaire Humbert. Le procureur de la République de Boulogner-sur-Mer a en effet demandé un non-lieu général pour Marie Humbert et Frédéric Chaussoy. Les deux accusés étaient poursuivis dans l'affaire Vincent Humbert, un jeune tétraplégique qu'ils avaient aidé à mourir. Le procureur Gerald Lesigne a ainsi évoqué « un contexte particulier et (sous) une contrainte qui doit les exonérer de poursuites » dans la mesure où c'est Vincent Humbert lui même qui demandait la mort. Il avait écrit à Jacques Chirac en ce sens.
Mais la décision soulève deux questions fondamentales : l'impartialité de la justice française et le statut de l'euthanasie. En effet, Marie Humbert espérait ce procès afin de pouvoir remettre la question du statut de l'euthanasie à l'ordre du jour. Dans les faits, selon l'actuelle loi, elle était coupable. Mais une fois de plus l'affaire sera mise de côté. Si on peut se réjouir du non-lieu pour le docteur Chaussoy il est cependant regrettable que la France refuse par l'intermédiaire de ce procureur, d'ouvrir à nouveau le débat. Si bien que cette forme de partialité et de compréhension paraît déservir la justice française autant qu'elle ne la flatte : une preuve d'humanité n'est jamais mauvaise, mais dans ce cas là, par rapport à d'autres affaires, elle peut sembler injuste. Si on peut se réjouir pour le médecin qui risquait la prison a perpétuité, dans le même temps, le combat de Marie Humbert pour ouvrir le débat restera surement vain. "On a volé le procès de mon fils" voila comment elle ressent cette décision. Reste à savoir si cette faille du système permettra une petite remise en cause par l'opinion publique tout au moins.
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